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Edition n° 0242
du 29-09-2009
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 Benja Razafimahaleo
« Je ne passerai pas dans l'opposition"


 

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Remercié par Andry Rajoelina le 7 septembre, l'ex-ministre des Finances fait état de divergence de points de vue personnels, tout en s'accréditant d'un bilan globalement positif au cours de ses six mois passés au ministère.


• Comment expliquez-vous votre éviction du gouvernement ?

Ce n’est pas un problème d’incompétence mais de divergence de points de vue personnels entre le président et moi. C’est la seule raison qui puisse expliquer mon éviction.

• Allez-vous continuer à soutenir la transition ou basculer dans l’opposition  ?


Le Leader Fanilo, dont je suis le vice-président, fait partie des artisans de la transition en ayant participé activement à la lutte populaire qui a conduit à la démission et à l’exil de l’ancien président. J'ai également contribué à la consolidation du régime par la stabilisation rapide des finances publiques et par la maîtrise du coût de la vie pour la population pendant mon passage au ministère. Donc, le parti soutient le régime de transition actuel et ça reste également ma position.

• Au lendemain de votre départ du gouvernement, l’ariary a plongé...


L’ariary a effectivement chuté, surtout par rapport à l’euro. Le travail qu’on a effectué au ministère des Finances et du budget a permis de redonner confiance aux opérateurs : sur le marché interbancaire des devises (MID), au-delà des aspects techniques, il y a un fort aspect « confiance ». Entre le 17 mars et le 9 septembre 2009, les taux de change de l’ariary vis-à-vis du dollar américain et de l’euro ont été maîtrisés et le MID a fonctionné sans interventions déstabilisantes de la Banque centrale.

• Quel bilan faites-vous de votre passage au ministère des Finances ?


J’ai passé six mois à la tête de ce département. Nos objectifs étaient d’assainir les finances publiques, récupérer les impôts et taxes non payés par le groupe Tiko, mettre en évidence les détournements de biens publics faits par Ravalomanana et maîtriser l’inflation. Nous avons appliqué une grande austérité dans les dépenses publiques, et cela s'est traduit par la maîtrise des déficits et la réduction de l’endettement global de l’État. En l’espace de six mois, la trésorerie de l’État est passée de 3 milliards d’ariary à 100 milliards d’ariary. Les procédures d’engagement des dépenses publiques ont, de nouveau, été respectées et les exonérations de taxes injustifiées ont été supprimées.

• Quelles actions avez-vous entreprises pour relancer les activités économiques ?


Nous avons accordé diverses formes de compensation fiscale aux sociétés exportatrices de crevettes et le droit de visa pour les séjours touristiques inférieurs à 30 jours a été supprimé afin d’encourager la reprise du tourisme. J’ai moi-même défendu l’éligibilité de Madagascar à l’AGOA auprès de toutes les autorités américaines impliquées, aussi bien à Antananarivo qu’à Washington. Le ministère des Finances et du budget a également procédé aux règlements d’arriérés dus à des entreprises industrielles et les Conventions de prêt avec le Fonds koweitien (10 millions USD) et l’OFID (10 millions USD) ont été signées pour permettre la réhabilitation de la RN6 entre Bekoratsaka et Boriziny avant la saison des pluies. Des contacts ont été établis avec la Banque mondiale pour le maintien des programmes humanitaires, tout comme avec le FMI afin de faciliter la reprise des concours financiers de cette institution. Enfin, les procédures d’indemnisation des victimes de pillage ont été examinées avec la participation de toutes les parties prenantes.

• Où en sont les arriérés de Tiko ?


Ses impayés en douane se chiffrent aujourd'hui à 25 milliards d’ariary et les procédures de recouvrement sont toujours en cours auprès du tribunal d’Antananarivo. Les impayés en impôts s'élèvent provisoirement à 165 milliards d’ariary. Les procédures de recouvrement sont en attente d’une procédure de recours administratif introduit par Tiko. Une convention de conservation de créances publiques a été proposée au groupe Tiko par le MFB afin de préserver les emplois de Tiko tout en sécurisant les impôts et taxes non payés par le groupe. À ce jour, Marc Ravalomanana refuse toujours de signer cette convention.

• C’est également pendant votre passage au ministère que les dossiers de la présidence de Ravalomanana ont été révélés…


En effet. Nous avons constaté plusieurs cas de détournements perpétrés par Ravalomanana quand il était encore président. Notamment l’achat hors budget de l’avion Air Force One II, les acquisitions douteuses des biens de Sinpa, Somacodis, Roso ou Coroi, les expropriations abusives de terrains, l’achat d’équipements Buhler pour la minoterie de Toamasina à partir de faux bons du Trésor, ou encore les détournements d’aides en provenance de divers bailleurs de fonds pour l'achat de riz ou de matériels agricoles.

• Quelles solutions économiques préconisez-vous pour faire face à la crise actuelle ?


Nous avons, au sein du Leader Fanilo, un cercle de réflexion technique pour chaque secteur. Le département politique a avancé des propositions de sortie de crise, mais pour l’économie nous recommandons de prioriser les actions de soutien à la production agricole et de démarrer une relance budgétaire des activités économiques. Dans ce cadre, nous recommandons de subventionner partiellement les semences de riz et les engrais, de prendre des mesures pour que le prix du paddy payé aux producteurs ne soit pas inférieur à 500 ariary le kilo, de cautionner les emprunts des collecteurs de riz auprès des banques primaires à condition que lesdits collecteurs s’engagent à revendre le riz à un prix fixé à l’avance. Nous préconisons aussi de prioriser les investissements à haute intensité de main d’œuvre et les investissements en infrastructures agricoles. Il s'agit enfin de mettre en confiance les grands investisseurs privés tout en préservant l’intérêt national et d'accorder des facilités aux projets privés d’investissement en infrastructures. Il nous faut dans l’immédiat des bailleurs de fonds pour financer ces actions économiques.

 
Propos recueilli par : Eric Ranjalahy
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