

|
Statistique |
Vous êtes le visiteur 569414 depuis avril 2006 |
et visiteur 92 depuis aujourd'hui.
Il y a en ce moment 2 visiteurs en ligne.
| |
|
Spoliations sur la route digue - Les langues se délient
|
|
| Voir aussi |
|
|
Options |
|
|
|
La face cachée de l’iceberg Ravalomanana apparaît. Aujourd'hui les langues se délient plus facilement chez ceux qui se sentent victimes de son régime.
Les remblais d’une importante parcelle de terrain sur la route Digue, d’un total de 8 ha 59 ca 01 a - propriété dite « Andohatapenaka Domaine » TN°60.777A -, démontrent une fois de plus une « spoliation légalisée » comme la qualifie les responsables de la société Madagascar Autruches S.A. à Antsirabe (le dossier porte sur 60 ha- L’Express de Madagascar, samedi 11 avril 2009). Elle se considère aussi comme victime du « système Ravalomanana », basé sur l’usage des prérogatives de puissance publique pour s’accaparer tel ou tel domaine privé ou public pour le compte de ses sociétés.
L’affaire du remblai, elle, remonte en avril 2008. Cette fois, ce n’est pas seulement des entreprises privées (trois sociétés disposent elles aussi de titre en bonne et due forme dans le domaine concerné) qui ont souffert de l’expropriation mais aussi de simples propriétaires. C’est le cas de Neny Raharisoa, 84 ans, qui y cultive du riz depuis une vingtaine d’années. « J’ai eu les larmes aux yeux à l’annonce de ce remblayage. Nous avons approché toutes les autorités compétentes pour voir de près notre situation, mais en vain », a-t-elle déclaré à L’Hebdo de Madagascar le 26 septembre 2008. A ce moment, les occupants de la parcelle ont même manifesté leur mécontentement via un sit-in mais leur manifestation n’a eu aucun écho, les engins continuant de déverser tranquillement des milliers de tonnes de terreau sur le site.
« Je remblayerais encore s’il le faut »
Officiellement, comme l’a déclaré le 28 septembre 2008 l’ancien président Marc Ravalomanana, le terrain devait accueillir une provenderie d’une valeur totale de Ar 25 milliards à financer par l’État avec l’aide de certains bailleurs de fonds traditionnels étrangers comme la Food and Agriculture Organization (FAO).
« Je remblayerais encore s’il le fallait et s’il y avait encore de l’espace pour le faire », avait-il dit d’ailleurs, à son retour de New York ce jour là… Mais la semaine dernière, Hajo Andrianainarivelo, ministre de la Décentralisation et de l’aménagement du territoire jette le pavé dans la mare. Documents à l’appui, il fait éclater au grand jour le système qui a permis aux sociétés Alma Sarl et Tiko Agri Sarl de s’emparer dudit terrain au lieu et à la place de ce projet d’usine de provende dont l’existence reste toujours à prouver.
Ainsi, un acte de vente en bonne et due forme démontre la vente de la parcelle TN°60.777A aux deux sociétés de l’ancien chef de l’État représentées par Heriniaina Razafimahefa, ancien haut dirigeant de Tiko avant d’entrer à la tête du conseil d’administration sortant de Air Madagascar. Le coût du terrain est de Ar 429 505 000 à raison de Ar 5 000 le m2.
Selon l’acte de vente, l’indemnisation des anciens occupants s’élèverait à
Ar 406 834 050. Il ne resterait donc plus que près de
Ar 22,7 millions à payer pour Tiko Agri et Alma. Mais aucun document ne peut confirmer ces démarches d’autant plus que l’acte n’a été établi qu’en décembre 2009. Or, le remblai a déjà débuté en avril 2008 et l’enregistrement au niveau de la Direction des grandes entreprises n’a été fait qu’en février 2009.
Caisses de l’état
Ensuite, il est établi que les charges incombant aux travaux de remblayage pour le compte des sociétés du Président ont été supportées en totalité par la région Analamanga, dirigée alors par Fidy Ratsimbazafy, chef de région. Soit en tout près de Ar 3,7 milliards. Au final, l’État n’aurait donc perçu que Ar 22,7 millions dans l’affaire qui, selon les spécialistes, « aurait dû rapporter au moins le quintuple dans les caisses de l’État si les procédures avaient été correctement suivies ».
Il faut dire que les anciens propriétaires ne pouvaient rien face à un tel système où prenaient part plusieurs hautes personnalités de l’administration. Et face aux impératifs du régime. A commencer par le Premier ministre Charles Rabemananjara, auquel a été rattaché le ministère de la Décentralisation.
Vient ensuite le ministre Marius Ratolojanahary, ancien ministre de l’Agriculture (qui s’occupe aussi du service des domaines) propulsé au moment de l’affaire à la tête du tout nouveau ministère de la Réforme foncière. Tous les deux ont fait fi des doléances des anciens propriétaires au profit donc de Alma et de Tiko.
La commune urbaine d’Antananarivo, pourtant légalement partie prenante dans toutes les décisions de remblais, a été totalement écartée des procédures. Une prérogative que la région s’est arrogée. L’Apipa - Agence de protection de la plaine d’Antananarivo - et le BPPAR, eux, ont donné un avis favorable au projet et en ont confirmé sa faisabilité technique malgré la réserve de plusieurs spécialistes. Ceux-ci n’ont cessé d’interpeller sur les risques de graves inondations causés par le remblai du bassin tampon de la plaine du Betsimitatatra.
Actuellement, une partie des anciens propriétaires
ont déjà été indemnisés :
Ar 5 000 le m2 pour les simples occupants de terrains domaniaux et Ar 10 000 pour ceux qui disposent de titres en règle. « Des proches ont pu acheter un minibus et leur quotidien s’en est vu améliorer », déclare Charles.
Il ne cache pas son penchant pour Marc Ravalomanana et défend jusqu’au bout le projet de remblais. Raharisoa, elle, avoue avoir vendu ses terres « par dépit ». « Je préfère ne plus y penser. Au moins je peux construire ma tombe compte tenu de mon âge. De plus je ne pense pas qu’il y ait encore quelque chose à faire maintenant », se contente-t-elle d’expliquer, préférant tourner la page sur ses cinq hectares de rizière qui lui ont permis de s’auto-alimenter jusqu’à hier encore.
D’autres n’ont pas eu cette chance. Comme Hervé, un père de famille de 54 ans qui a hérité d’une parcelle dans le domaine Andohatapenaka TN°60.777A. « Ce terrain vaut au moins le triple. Le mètre carré s’achète par ici au moins à
Ar 50 000, mais on nous a forcé la main », fulmine-t-il. Comme certains de ses voisins à Andohatapenaka, il pense récupérer ses terres, « par tous les moyens pour assurer l’avenir de ses six enfants ».
Par : Mamelasoa Ramiarinarivo
|
|
|