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Edition n° 0242
du 29-09-2009
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 Les nuits chaudes de Tana-Les prostituées de la discorde


 
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Le fokonolona de Tsaralalàna a porté plainte contre les « noctambules » qui traînent dans le quartier. En réalité, il s'agit de centaines de « travailleurs de la nuit ». « C’est tout un réseau mafieux », avec à la base des prostituées, autour desquels gravitent des proxénètes, des voleurs, des dealers. Outre une boîte de nuit et une salle de vidéo, des entreprises individuelles s'y sont développées de façon illicite, proposant leurs services de baby-sitting, de location de vêtements, de salon de beauté...

Les prostituées de Tsaralalàna ont évolué. Aujourd'hui, elles prennent soin de leur aspect extérieur, toujours bien vêtues, le visage bien maquillé, munies d'un numéro de téléphone que pourtant, elles ne laissent pas à n'importe quel client. A partir de 18h, le quartier change de look. Des péripatéticiennes commencent à arpenter les rues.
Selon l'une d'elles, Hanitra qui est dans le métier depuis huit ans, « certaines racolent même au grand jour, mais elles ne sont pas nombreuses ». On en voit surtout devant la cité « Lacoste ». Cette zone est l’une des plus chaudes de Tsaralalàna, un quartier au cœur de la capitale, situé au point kilométrique zéro. D’après l’organisation non gouvernementale « Life giving water », 255 femmes y travaillent.
« Quand le commerce marche bien, nous gagnons jusqu’à Ar 50 000 en une nuit », affirme notre interlocutrice, la moyenne étant de Ar 15 000. Dans tous les cas, elles ne rentrent jamais les mains vides. « Nous avons l’habitude de nous entraider : les plus chanceuses partagent le dixième de leurs gains avec les autres. »
Le travail du sexe n’a pas d’âge. « Celles qui ont la quarantaine, s'installent un peu à l'écart et plus près d'Analakely », selon Hanitra. Par contre, la commissaire Aina Randriambelo, chef du service de la police des mœurs et de la protection des mineurs, explique : « Comme les gérants des boîtes de nuit deviennent plus exigeants, la présence de mineurs à Tsaralalàna se fait rare ». La preuve, lors d’une de ses descentes, la police des mœurs n’a pu appréhender que quatre mineurs traînant dans la rue.
Mises à part le tarif des « call-girls » qui n'ont pour clients que des hommes riches, celui des péripatéticiennes varie en fonction de leur « site de travail ». Les « foza orana » (prostituées 4’mis) préfèrent racoler le long du chemin de fer reliant Ankadimbahoaka à Isotry. D’autres restent dans leur quartier. Toutes se vendent à moindre coût et même le « gala » (Ar 1 000) qu'elles demandent, peut se marchander. La consommation se fait sur place, pas besoin de louer une chambre.
A Tsaralalàna, pas la peine de discuter si on n'a pas au moins Ar 5 000 en poche. « C’est le minimum demandé pour une passe dans une chambre moyenne. Pour toute la nuit, c'est-à-dire jusqu’à 4 h du matin, le client devra débourser un minimum d'Ar 30 000. Si en outre, il exige une chambre un peu confortable, il doit s'acquitter de la nuitée », déclare Nirina, une autre professionnelle.
Ce tarif n’est pas le même pour toutes. Une passe peut atteindre Ar 50 000 et le « matory » (toute la nuit) Ar 200 000 « avec les étrangers ».
Ce n'est encore rien comparé à ce que gagnent les « créatures de luxe ». « Un week-end nous rapporte deux millions ariary, et je suis disponible pour toutes les destinations », affirme l'une d’elles qui refuse d'être nommée.
Dans ce marché du troisième millénaire, de nouveaux genres d'intermédiaires apparaissent également. Il y a ceux « qui travaillent par téléphone et que nous considérons aussi comme des proxénètes », souligne la commissaire Aina Randriambelo. « D'autres font un travail de traducteur », dévoile Nantenaina.
Une dizaine de maisons de passe se trouvent dans le quartier. « Mais nous ne sommes pas obligées d'y aller », précise Nathalie (v. encadré). Certains locaux coûtent moins cher pour une passe : « Ar 500 pour une chambre de gardien ; idem dans la cour de quelques grands établissements ; entre Ar 1 000 à Ar 5 000 dans un lupanar. »
La plupart des prostituées ne vont pas seules au travail. Soit elles amènent leurs enfants en bas âge qu'elles font garder par de vraies baby-sitters ; soit elles sont accompagnées de leurs compagnons généralement au chômage, les « Jaombilo » (proxénètes ou hommes entretenus). « Nous leur confions l’argent que nous gagnons pour plus de sûreté, car la sécurité est incertaine dans ce quartier chaud. » Pour sa part, une baby-sitter demande Ar 2 000 par enfant. « Ce ne sont pas des 4’mis comme on le croit. Elles habitent dans d'autres quartiers, et comme nous, elles sont ici pour travailler. »
La commissaire Aina Randriambelo tient à apporter une précision, car bien des gens tendent à oublier une chose : « Le fait de se prostituer n’est pas une infraction. Mais celui qui fait office d’intermédiaire est considéré comme proxénète. Il en est de même pour celui qui, vivant avec une prostituée, ne peut pas justifier de ressources suffisantes pour lui permettre de subvenir à sa propre existence ». Dans le code pénal, « tout individu qui détient (…) un établissement de prostitution » est aussi puni.
Selon la commissaire Aina Randriambelo, « seul un dixième des prostituées font leur travail « pour le plaisir ». Le reste est là pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille ».

 
Par : Aina Rabako
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